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ayant appuyé les  lauréates lors du  processus  de sélection.  La Sentin'Elle  n'a

modifié ni le contenu ni la forme des présentations.

 
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MARIA PATTON...UNE VIE À RACONTER...

Il est de ces personnes qui marquent leur époque d’une manière si discrète, quasi imperceptible, que l'on ne se rend compte de l'ampleur de leurs réalisations que des années après leur disparition. Ce fait est d'autant plus probant quand ces personnes sont des femmes, et des femmes qui ont œuvré à une époque où l’on taisait tacitement le travail de celles qui « s’exposaient » davantage, parce que le dévouement dans l'ombre était infiniment plus féminin...

Maria Patton est un exempte éloquent d'une femme qui a accompli énormément, à tous les niveaux, et dont les pairs sont demeurés des témoins quelque peu silencieux de sa grande générosité.  Voilà pourquoi c'est un honneur de faire revivre l'espace d'un instant l'histoire d'une grande Madelinienne qui s'est principalement distinguée dans sa lutte pour l'avancement des conditions de vie des Madelinots en général, mais toujours en ayant bien à cœur la cause des femmes.

Toutes ensemble, essayons solidairement de faire revivre ce courant dynamique qui a nourri  l'implication sociale de l'une des nôtres durant plus de soixante ans, et repartons à la conquête de cette ouverture au monde qui est la marque de l’héritage culturel légué par Maria Patton.


SA JEUNESSE

Maria Patton est née Le 8 décembre 1902 À Lavernière. Troisième d'une famille de huit enfants, elle était la fille de John Patton (descendant d'un naufragé aux îles) et de Hen­riette Arseneau. Elle fit son "école normale" durant trois ans à I'Académie Notre Dame-des-Flots, où elle obtint son permis d’enseigner.

Son père mourut d'une maladie contagieuse alors qu'elle avait dix-neuf ans. L'une de ses plus jeunes sœurs avait alors été envoyée en pension chez une tante dans la métropole et s'ennuyait beaucoup. C'est ce qui motiva la décision de Maria d'aller enseigner à Vaudreuil, près de Montréal, pour un an. Elle revient aux îles l'année suivante et ce fut pour y résider en permanence.

 

UNE FEMME POLYVALENTE

Maria occupa plusieurs emplois durant sa vie. Son pre­mier poste fut bien celui d'enseignante, poste qu'elle occupa durant cinq ans.   Elle fut ensuite tour à tour "hygiéniste" à l’unité sanitaire de Havre aux-Maison, sous la férule du docteur Guimont, gouvernante au presbytère St-Pierre de LaVernière, commerçante, agente d'assurances, gérante de syndicats, et finalement, directrice du bureau du Service Social des Îles.

 
UNE GRANDE SOIF D’APPRENDRE ET DE CONNAÎTRE

Malgré une santé bien fragile (elle devait même être victime d’un accident d’auto dans sa vie). Maria réussit dès son plus jeune âge à se composer un emploi du temps des mieux remplis, menant de front plusieurs engagements à la fois.

Elle alla même jusqu’à entreprendre des études de médecine par correspondance, peut-être pour en apprendre plus sur ses nombreux malaises, et l'on dit qu’elle ne craignait pas de discuter les recommandations de son médecin, voire peut-être de lui communiquer son savoir! Elle suivit son cours d’agente d’assurances à Charlottetown, elle qui devait par le suite travailler pour la « Confédération » durant vingt ans. Elle suivit aussi des cours de perfectionnement en service social à Québec et à Gaspé plus tard dans sa vie.


UNE ORGANISATRICE NÉE

Sa grande foi et une dévotion toute particulière à Marie (elle se plaisait à souligner qu’elle était née le 8 décembre, jour de l’immaculée Conception) motivèrent de spectaculaires réalisations lors des fêtes paroissiales. C’est sans doute grâce à cet énorme potentiel qu’elle occupa le poste de « sacristine » au presbytère St-Pierre durant quelques années.

Par contre, son secrétaire, un Irlandais anglophone, ne goûtait pas beaucoup le divertissement... De Maria, qui se dépensait sans compter à un rythme effréné, il aurait dit dans son mauvais Français: "Mais... "Il" est fou!" C'est à la suite de cette visite solennelle que Maria reçut une décoration papale, en témoignage d'appréciation pour son dévouement. 

 
UNE FEMME DE TÊTE

Maria fut la plus fidèle collaboratrice de Monseigneur Arseneau. Ce dernier était reconnu pour son caractère sévère, et on l'a maintes fois vu s'emporter en chaire lors du sermon dominical. Quand elle jugeait qu'il était allé trop loin, Maria ne se gênait pas pour le lui signifier respectueusement à son retour au presbytère. L'histoire ne dit pas comment elle était reçue...

Par contre, elle avait elle-même un caractère « fort », et l'on se rappelle que lors d'une querelle avec les gens de la choral, qui l'accusaient de tout vouloir mener, ces derniers avaient démissionné... Et Monseigneur Arseneau avait pris le parti de Maria !

 
UNE ENTREPRENEUSE AMBITIEUSE

Après avoir travaillé chez un commerçant (Frank Leslie), Maria décide d'ouvrir son propre commerce. Et se fait donc bâtir un magasin, sur un terrain appartenant à la famille en face de l’église, lequel magasin aura la vocation de magasin général épicerie.
 
À la mort de sa mère, elle quitte la résidence familiale où elle habitait avec sa mère et deux de ses sœurs et aménage le deuxième étage du magasin pour y élire résidence avec sa sœur Évangéline. Les deux filles avaient alors plus de trente ans, mais, bonnes manières obligent, elles doivent avoir... une gardienne!


HABILE COMMUNICATRICE

Son commerce lui laissait tout de même le loisir de poursuivre ses œuvres charitables et son travail au presbytère. Elle s'occupait également, activement de son jardin. Elle écrivait énormément, se donnant un rôle de "secrétaire publique". On s'adressait à elle pour routes sortes de missives, aussi bien des adresses pour des mariages ou des baptêmes que des requêtes au député. On dit que sa machine à écrire était toujours ouverte, prête à servir.


INSTIGATRICE DU SYNDICALISME

Maria fut également l'associée du Père Bourque de Fatima dans son travail pour les mouvements ouvriers. On la vit particulièrement active auprès des pêcheurs et des travailleurs d'usine. De ses nombreuses heures de bénévolat devaient découler la naissance de l'union ouvrière "Madelinots
Associés".

Elle fut également gérante de l’Association des Pêcheurs Hauturièrs, et gérante du Syndicat des Travailleurs des Îles. Maria fut à I'origine de la célébration grandiose du 21 août 1960, alors qu'on procéda à la bénédiction de la flotte  des chalutiers et la dédicace d’une statue de la Vierge aux pêcheurs et marins des Îles. Cérémonie très protocolaire, aux allures très solennelles, agrémentée de chants et de danses de folklore. Les Madelinots n'avaient, de mémoire d'homme, jamais assisté à une aussi belle fête.

La Boussole, le journal des Îles de l'époque, relate dans son édition du 31 août 1960 que:

"Ce grand succès, nous le devons, pour une large part au dévouement et à l’esprit d'organisation et de travail de Mlle Maria Patton, gérante de l’Association des Pêcheurs Hauturiers et du Syndicat des Travailleurs des Îles. Mlle Patton, admirablement bien secondée dans son travail par le Révérend Père Bourque, dirige d'une main de maître ces deux organisations qui groupent nos pêcheurs, nos travailleurs et les patrons dans une étroite collaboration et une entente parfaite."

 
FONDATION DU BIEN ÊTRE SOCIAL

De tout son travail social est issu également le service so­cial des Îles. En effet, c'est à Maria que l’on doit l'ébauche du bien-être social pour les madelinots, ainsi que l'adoption de plusieurs enfants (rappelons qu'elle-même devait marrainée un jeune Africain).

Le bien être social relevait directement du service social du diocèse de Gaspé, avant de devenir ministériel. On disait même familièrement qu'on allait "sur Maria" quand on recevait des prestations. Elle fut l'instigatrice du bureau du service social à Cap aux-meules et c'est à ce moment qu'elle élit résidence au-dessus de son bureau. Elle y travailla comme directrice de  1961 jusqu'à sa retraite en 1969. Maria Patton réussit à se tailler une place de choix dans un monde réservé essentiellement aux hommes, occupant même à un certain mo­ment la fonction de juge de paix, poste que bien peu de femmes ont dû revendiquer à cette époque!

 
UNE GÉNÉROSITÉ SANS PAREIL

Elle fut également très active auprès des mères nécessiteuses des Îles, n'hésitant pas à donner ni son temps, ni son urgent.  Ses visites dans les
maisons    en  tant qu’agente d'assurances lui permettaient de constater les besoins de certaines familles, et elle n'hésitait pas à leur apporter du linge et des couvertures.  On raconte qu'une fois, elle était tombée dans la cave d'une maison, alors qu'elle y entrait, les bras chargés de biens. Elle n'avait pas vu la trappe ouverte...Heureusement qu'elle ne s'était pas blessée!

 
UNE PORTE-PAROLE PRIVILÉGIÉE

Discrète sur ses réalisations et travaillant souvent dans l’ombre, Maria Patton a aussi associé son nom aux oeuvres de la Croix-Rouge, où elle a agi entre autre comme secrétaire. Elle a plus d'une fois présenté des demandes à la Croix -Rouge canadienne au nom de ses concitoyens. 
On a même vu une lettre signée de sa main, dans laquelle elle réclamait des bottes de caoutchouc! Elle avait également écrit au colonel Gagnon,
commissaire de la Croix-Rouge canadienne, pour demander des insignes de mérite supplémentaires pour des Madelinots qui, selon elle, en auraient mérité de par leur sens civique. Rappelons qu'en 1946, elle avait obtenu 69 de ces insignes pour le territoire des Îles.

De nombreux voyages à l’extérieur des Îles, entre autre pour la Croix-Rouge, lui ont permis de défendre la reconnaissance des Îles par les instances gouvernementales et on peut affirmer de Maria Patton qu’elle a contribué à placer les Îles « sur la carte».

 
UNE VIEILLESSE À SON IMAGE

Maria fut aussi une membre active des Fermières, où ses talents de tricoteuses étaient reconnus. À la Villa Plaisance où elle passa les dernières années de sa vie, elle a d’ailleurs organisé une exposition artisanale de ses travaux et de ceux de ses compagnes.

Ce fut une étape bien difficile pour une femme active comme elle de se retrouver à la Villa, et elle ne l’accepta pas facilement. Ce cordon bleu qui aimait tant recevoir et dorloter ses invités se voyait désormais privée d’une grande source de plaisir. Elle résida à la Villa durant quatre ans, puisqu’on la retrouva bientôt présidente du comité des bénéficiaires de l’établissement, à la suite d’une cabale célèbre dans les annales de la maison, elle qui avait par le passé contribué à la création de l’Âge d’or de Cap-aux-Meules.

 
UNE PERTE DOULOUREUSE

Son décès, le 6 décembre 1988, plongea la population des Îles dans la consternation. On put lire dans le Radar de cette semaine-là un hommage à celle qu’on qualifie de « Madeleine de Verchères » des Îles. Voici un extrait de cette belle épitaphe :

« Avec le départ de cette grande dame, c’est tout l’Archipel qui est en deuil, car loin de partir seule, Madame Patton amène avec elle la légende d’une femme qui s’est battu toute sa vie durant, dans un monde d’homme, avec la seule volonté d’aider le plus possible les siens, à une époque où l’ouverture d’esprit, à ce niveau, était disons…plutôt réduite… »


UNE BELLE DÉMARCHE DE PARDON

Rappelons que quelques semaines avant sa mort, Maria Patton avait écrit un très beau texte sur le pardon, inspirée peut-être par tous les petits conflits que vivaient les bénéficiaires de la Villa. Par la même occasion, elle organisa une cérémonie du pardon des plus émouvantes et contribua ainsi au rapprochement de plusieurs de ses compagnes et compagnons.

« Soyez comme l’oiseau, posé pour un instant sur la branche trop fragile, et qui chante pourtant, sachant qu’il a des ailes. »


Voilà une belle phrase de St- Exupéry qui « colle » si bien à l’ensemble de la vie et de l’œuvre de Maria Patton. Une grande dame qui savait chanter au plus fort de la douleur, sachant puiser en elle même la force de se sentir des ailes et de croire en un lendemain meilleur. 

 

Pour avoir été sur la ligne de front durant toutes ces années, pour tous ces combats que nous n’avons pas eu à mener, en toute simplicité…merci Maria

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