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Les textes présentés dans cette section nous ont été soumis par les personnes

ayant appuyé les lauréates  lors du processus de  sélection.  La  Sentin'Elle n'a

modifié ni le contenu ni la forme des présentations.

 
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1991 - CLOTILDE HUBERT

UN PEU D'HISTOIRE
                              
Le 3  avril   1901,  naissait  à  Pointe-Basse, aux  îles-de-la-Madeleine, une  fille   qu'on   baptisa   Clotilde. Ce  n'était  pas   le  premier   bébé   du   couple   Hubert,  c'était  leur   troisième  fille. Ses   parents,   de descendance normande  venue  de Miquelon   avec   le groupe  du  Père  Jean-Baptiste   Allain,   étaient  de   fervents   catholiques. Dans ce logis, source de vocations religieuses et de foi intense,    l'instruction  y   était    aussi  une valeur très importante.  L'aîné,  Paul,   alla   aux   études et devint professeur puis inspecteur d'écoles. Son frère Ovide suivit le même chemin. Addé consacra sa vie au Seigneur en entrant chez les pères Eudistes et fut dans l’enseignement. Deux autres sœurs, Arthémise et Estelle choisirent-elles aussi la vocation religieuse.


Durant ce temps, Clotilde fréquenta l'école du rang jusqu'en septième année. Dans cette famille traditionnelle, les uns aidaient aux autres. Si bien que Clotilde doit déjà terminer ses études pour aider sa mère qui devait travailler à l'extérieur pour apporter une aide financière supplémentaire au foyer. Quelques années plus tard,  alors que Paul demeurait à Rimouski, un grand  malheur le frappa. Son épouse décède en  1920 et c'est Clotilde qui à l'âge de dix-neuf ans part  lui  apporter le réconfort et l'aide  pour continuer cette route détournée  par  cette épreuve. Cette  jeune  fille   tomba   dans   un  contexte éducatif  bien  important chez  son  frère Paul  dont  nous avons  lu et  relu son   livre "Les   Iles-de-la-Madeleine  et les  Madelinots".

 
UN DESTIN QUI SE DESSINE
 
Clotilde avait un idéal au fond de son cœur. Elle avait une amie qui était infirmière et qui l’influença beaucoup. Mais Clotilde avait quitté l'école jeune et croyait impossible de reprendre toutes ces années, elle avait déjà vingt ans. Avec l'appui de sa famille, l’encouragement de sa compagne infirmière, elle reprend ses études. Cette Madeleinienne est une fille intelligente et distinguée et elle a des aptitudes innées pour cette profession. Elle est bien décidée à devenir garde-malade et réussit très bien. Elle fit ses stages chez des tuberculeux au Lac Édouard au Québec. Déjà là, elle est compétente. Enfin, c'est en 1927 qu'elle reçut son beau diplôme d'infirmière de l'hopital de Riviere-du-loup.

 

LES PREMIERS MOMENTS DE SA CARRIÈRE

 En 1927, elle va travailler à Edmunston au Nouveau-Brunswick. Elle visite les malades à domicile, le plus souvent à pied et par tous les temps.  En 1930, on lui demande de venir aux îles ouvrir l'Unité Sanitaire et elle accepte de tout cœur. Il y avait ici beaucoup de travail à accomplir. La tuberculose était la maladie du siècle. La pauvreté se faisait sentir, les familles étaient nombreuses et les moyens bien limités, mais rien ne la décourageait. Elle partait en voiture l’été ou l'hiver et visitait les familles, les écoles, enseignant l'hygiène et les moyens de conserver sa santé par des conférences et des conseils judicieux.

 
En 1933, elle participe au congrès des infirmières en Europe avec un groupe d'infirmières. Elles font le voyage à bord du transatlantique l'Ascania
et sont huit jours en mer. Elle n'a pas eu le mal de mer et a dû soigner ses compagnes. Profitant de ce voyage outre-mer, elle se rendit voir le Saint-Père à Rome. En 1935, elle part des îles à la suite à des élections provinciales. En 1938, elle vient travailler à l'Ile d'Entrée et en 1939-1940, elle travaille à la Grande-Entrée.

 

FONDATRICE DU DISPENSAIRE DE BASSIN
 
En 1944, c'est à Bassin que Garde Hubert ouvrit son bureau. Elle y travailla avec acharnement. L'hôpital était là pour les cas très graves et les femmes accouchaient à la maison. C'est surtout dans son service avec la population de Bassin que nous pouvons affirmer que cette femme fait partie de notre patrimoine.

  

"INSTIGATRICE" D'UN MOUVEMENT D’ADOPTION
 
Après quelques années, comme les autres femmes, Clotilde désire y fonder un foyer. C'est alors, quelle convola en justes noces avec Monsieur Georges Vigneau. Elle voulait des enfants. Pour elle, la famille c'est un mot sacré. Son instinct maternel était si fort qu'elle organisa des adoptions avec les parents qui désiraient adopter. Elle-même, adopta ses deux garçons: Jean et Roger. Avec la collaboration des parents adoptifs, elle alla elle-même à l'orphelinat de Québec les choisir, d'après les désirs de ceux-ci. Si bien qu'une année, il arriva aux îles par vols nolisés un groupe de cent enfants orphelins. Quelle oeuvre sociale! Quelle joie dans le cœur de cette dame! Quel bon souvenir! Quel héritage! Les deux tiers environ de ces enfants sont encore parmi nous. Ces enfants sont maintenant des adultes qui sont parents de d'autres petits enfants. La vie se continue par cette oeuvre.

 

UNE FEMMES POLYVALENTE

En plus de son mari et de ses deux enfants adoptifs, Garde Hubert soigne avec chaleur et respect son beau-père William. Toute une famille bien organisée, elle voguait a ses malades, surtout les accouchées, les familles étaient nombreuses, elle mit au monde près de un mille cinq cents enfants. Aussitôt appelée, elle s'y rendait, rien ne l'arrêtait. Lors des tempêtes, elle restait à coucher. Elle repartait quand la mère reposait paisiblement dans son lit tout changé et que le bébé avait bel et bien envie de vivre. Elle revenait souvent après, donnait les conseils appropriés. C'était une sage-femme compétente avec toute l'expérience d'un médecin de campagne.

 
Comme, il n'y avait pas de dentiste, c'est encore chez Garde Hubert qu'on allait se faire enlever nos mauvaises dents. Aux cours de ces années, Clotilde faisait partie du cercle de Fermières de la paroisse. Elle était la bibliothécaire. Elle trouvait toujours de bonnes réflexions concernant l'autonomie des femmes et des textes se rapportant à la santé et au bien-être des enfants.

 

FEMME DE TÊTE


Clotilde était une personne franche et loyale. La vérité, elle pouvait te la dire en pleine face. Elle disait ce qu'elle pensait. Elle tenait à ses idées. Avec Garde Hubert, il fallait se tenir droit. L'hygiène, la santé et la famille, ça c’étaient trois bons piliers. Elle allait visiter les élèves du rang, alors un jour elle décide de leur donner une leçon d'éducation sexuelle. C'était une femme cultivée, elle captait les nouvelles nationales et lisait beaucoup. La politique l’intéressait.


UNE GÉNÉROSITÉ SANS BORNE

Les éIèves de l'école du Moulin se souviennent du bon chocolat au lait de la Croix-Rouge, préparé par Garde Hubert. Tous les jours, pendant la récréation vers 10 h 30 deux élèves se rendaient chez elle pour apporter à l 'ecole ce bon breuvage tout prêt et chaud. Elle faisait tout ça pour l'amour des enfants et de leur santé. Elle a prié et prie encore pour les missionnaires et les pauvres enfants. Elle aidait à sa façon, ces missionnaires, en contribuant financièrement.


UNE DURE ÉPREUVE

Au cours de ses années, Garde Hubert connut ses épreuves. Son mari Georges devint malade, ses poumons ne fonctionnent plus, il dût être opéré à l'Hôpital Laval; c'est alors qu'il décède sur la table d'opération. Clotilde doit continuer d'élever ses deux garçons et aussi prendre soin de "grand-père" disait-elle.

 
Elle exerça encore sa profession, mais quelques médecins ont demeuré au dispensaire rendant ainsi la tâche moins lourde. Et puis la Garde avait sa voiture. (C'est la première femme de la paroisse à conduire son auto).

 
UNE PROGRESSISTE ET UNE AVANT–GARDISTE

C'était bien une femme d'avant-garde qui progressait avec son temps. Elle invitait les autres femmes à travailler et à en faire autant. L'économie, c'était une valeur pour elle. Il fallait rien gaspiller et écrire sur les deux côtés de nos feuilles.

Cette dame était une femme pour qui la liberté avait une grande valeur. "II faut vouloir ce qu'on fait" et "aussi ne pas être esclave des hommes" disait-elle!  Pour Garde Hubert, l'épanouissement de la femme l'empêcha pas d'aimer son mari. Au contraire!     

 

UNE SOLITUDE APPRIVOISÉE

Nous voilà rendus en 1967. C'est l'heure de la retraite qui sonne pour notre chère infirmière. Depuis quarante ans qu'elle se dévoue au service des malades. Elle fut témoin de joies intenses lors des naissances et aussi de lourdes épreuves au chevet d'un enfant, d'un père ou d'une mère mourante. A présent, elle s'occupera de tenir maison mais une ombre au tableau, elle est seule. Jean et Roger demeurent à Montréal, grand-père est au ciel alors elle doit s'habituer à la solitude. Elle s'occupera de son manage et ses visites chez les amis se font nombreuses. La lecture reste son loisir préféré.


LES CONTRAINTES DE LA MALADIE

En 1980, elle se retire chez sa sœur Béatrice à Havre-aux-Maisons. En 1983, elle déménage à la Villa Plaisance où elle demeure cinq ans. Puis, on la transfère au Centre hospitalier de 1'Archipel parce que ses jambes sont bien malades et qu'elle ne peut plus marcher. Elle demeure toujours au Centre hospitalier. Tout de même, elle se livre à ses lectures et c'est édifiant de l'entendre raconter ce qu'elle lit! Sa foi est profonde et elle prie pour nous tous.

Avec amour et reconnaissance, nous vous dédions cette humble recherche à vous "Garde Hubert". Votre nom n'est peut-être pas écrit dans l'histoire des îles, mais il est gravé dans le cœur des Madelinots.

Pour l'exemple de courage et de loyauté, le travail dévoué de  cette  femme  mérite toute notre reconnaissance. Le milieu madelinot continuera de vivre et de grandir grâce à des femmes convaincues, qui savent  transmettre le feu de leurs convictions...merci Garde Hubert.

 

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